Econométrie du livre et lecture sociale : « Reading life » de Kobo

2010/12/11 § Poster un commentaire

Avec la version 4 de l’application Kobo sur iPad, on commence à passer aux choses sérieuses dans le domaine de la lecture sociale.

« Reading life », nouvelle section dans l’espace personnel de l’application, se présente en effet comme un centre des expériences faites par le lecteur. Il comprend 5 rubriques : Bookcover, Awards, Reading Stats, Activity, Settings.

Ces expériences de lecture sont encouragées par un système de gratification qui doit pousser le lecture à viraliser sa lecture sur les réseaux sociaux et par des statistiques de lecture qui rendent compte de son activité.

Les moyens pour viraliser un livre

Cette viralité-diffusion s’exerce par différents moyens :

  • Utilisation d’un mot/expression/phrase d’un livre comme statut facebook
  • Compte-rendu des différentes activités menées sur Kobo via Facebook

Maintenant, vous n’aurez plus seulement droit à la petite pensée du dimanche de l’oncle Marcel (qu’on ne soupçonnait pas d’être si spirituel), mais de la mention « lu sur Kobo ». L’entreprise détourne à son compte des tas de petites formules jamais sourcées.

La conversation, outil marketing

La stratégie est assez habile puisqu’elle oblige les observateurs du statut à prendre connaissance de l’objet cité pour pouvoir le commenter. C’est une forme de rythme collaboratif qui est crée, obligeant tous ceux qui y prennent part à se hisser au rythme des autres.

Kobo utilise ainsi la conversation comme outil marketing : accéder au livre signifie opérer un acte d’achat, d’adhésion à l’interface et d’investissement, contrairement à une vidéo qu’il suffit de visionner pour pouvoir commencer à en parler.

Encourager à lire : les awards

Cette adhésion est également assurée, dans « Reading Life », par les « Awards », des médailles/points qu’il est possible de débloquer en exerçant des actions.

C’est éminemment infantilisant et le procédé reproduit sans doute le sentiment de satisfaction que peut avoir l’enfant, encouragé par sa maîtresse et ses « bons points ».

Il s’agit également d’accompagner l’utilisateur dans chacune de ses démarches. Il doit pouvoir se rendre compte de l’impact de chacune de ses actions sur l’écosystème de l’application et l’implication de l’éditeur, encourageant. Ainsi, en annotant un passage pour la première fois, Kobo lui précise qu’il fait partie de la communauté des grands penseurs…

Enfin, les awards obligent à une appropriation totale de la plateforme et de ses outils : chaque médaille renvoie en effet à un type d’actions (utiliser le dictionnaire, lire un journal, etc.).

Productivité

Les fonctions à l’intérieur du texte sont des améliorations d’Ibooks d’Apple :

  • Possibilité de connaître la définition d’un mot par connexion automatique à Google/Wikipedia
  • Possibilité de souligner un passage, faire une note
  • Cartographie de l’ensemble des notes/prises

Géographie et limites du livre

Kobo a semble-t-il tenu compte des propositions du créateur de Digg, qui préconisait de créer une géographie du livre, c’est-à-dire un ensemble d’outils permettant de baliser le texte et de retrouver facilement les éléments balisés à partir d’une carte.

La carte, c’est ici le sommaire du livre, à partir duquel l’ensemble des notes prises, l’ensemble des passages soulignés peuvent être retrouvés.

Cette innovation est loin d’être anodine : elle ne permet pas seulement une réappropriation du livre, par la facilité avec lequel on le marque (toutes les marques numériques se ressemblent), mais d’en mesurer les limites, d’en fixer les bornes bref, de fournir les moyens de s’en souvenir.

Ici, le sommaire est donc un foyer mémoriel qui permet de rendre compte, à un niveau microscopique, celui du livre, des activités produites par le lecteur.

De la même façon, la première rubrique de « Reading Life », « Bookcover » utilise une couverture dynamique pour synthétiser, sur une même interface, un ensemble d’expériences réalisées.

Statistiques et économétrie du livre

A un niveau macroscopique, on retrouve les « Reading statistics », l’ensemble des activités réalisées par le lecteur au cours de toutes ses lectures.

Kobo fournit ici :

  • Le nombre d’heures passées à lire
  • Le nombre d’heures passées à lire un livre en moyenne
  • Le nombre de pages tournées en tout
  • Le nombre de pages lues en moyenne durant une session
  • Le nombre de livres lus
  • Le nombre de livres présents dans la bibliothèque

Cette économétrie fonctionne avec la section « Awards » qui, comme je l’ai expliqué, pousse à la lecture et à la viralité par des gratifications (des « médailles »).

Il donne ainsi au lecteur la possibilité de voir, en temps réel, l’influence mesurée qu’il a sur sa propre lecture, d’en partager les résultats avec ses amis et de définir ainsi une sorte de géographie numérique où ses expériences sont mesurées, analysées, validées et interprétées de telle sorte qu’elles deviennent communicables, c’est-à-dire échangeables.

Le temps de cerveau disponible ?

Bien évidemment, Kobo s’en fiche pas mal de savoir qu’il encourage à la lecture et sauve le monde de l’ignorance.

Ce qui intéresse la société, c’est l’addiction que peut produire cette économétrie et les statistiques éventuels qu’elle pourrait récolter, histoire d’affiner les références de son catalogue et de mieux cibler ses recommandations.

Car cette addiction produit du temps passé…Et ce temps passé sera sans doute bientôt vendu auprès des annonceurs. :)

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