Bibliothèque numérique et volonté politique

2010/12/02 § 1 commentaire

Lorsque Gérard Larcher, à propos de l’accord que vient de signer le Sénat avec la BnF pour valoriser ses fonds, dit : « les grandes bibliothèques sont des instruments de défense et de diffusion des valeurs humanistes et donc des valeurs de la République », il fait écho à l’intervention de Robert Darnton, historien américain reconnu pour ses travaux sur le livre et le dix-huitième siècle français, qui s’est récemment interrogé à Harvard sur la possibilité d’une bibliothèque numérique nationale.

Humanisme, utopisme

Tous deux rappellent en effet, face à l’impératif économique des distributeurs, qu’une bibliothèque est aussi un modèle utopiste et humaniste, qui fournit aux citoyens un foyer mémoriel, garant de la cohésion sociale, mais également l’occasion de rappeler au monde les valeurs d’une civilisation.

Pour l’un, la bibliothèque est l’esprit de la République française; pour l’autre, elle s’inscrit dans la volonté des Pères fondateurs, soucieux de diffuser la culture aux masses et de pérenniser un modèle tributaire de sa culture.

La responsabilité politique

Robert Darnton fait également du maintien de la place des Etats-Unis dans le monde, l’un des moteurs de la volonté politique, qu’il faut bien appâter par des arguments hégémoniques.

Car les hommes politiques sont trop frileux. Il oppose ainsi, aux arguments généralement avancés (c’est trop cher, c’est trop compliqué, c’est ingérable) des propositions, et fournit des exemples de réussite (Google avec sa bibliothèque, les politiques françaises, japonaises et allemandes de numérisation).

La place des bibliothécaires face à la technologie

Par ailleurs, et c’est là que je trouve ces propositions de bon sens, Darnton ne cède implicitement pas à la naïveté technologique (voir « Les Bibliothèques numérises peuvent-elles être des bibliothèques ? » dans le n° 161 de « Communication et Langages »).

Il ne souhaite pas mettre cette bibliothèque entre les mains d’un algorithme de recommandation mais entre celles du bibliothécaire, chargé d’assurer une médiation entre le public et l’espace de la bibliothèque, de comprendre ses besoins, de s’y adapter.

Ainsi, dans son système, les bibliothèques se regrouperaient autour d’une alliance, pour fournir les contenus; les institutions financeraient le projet et une organisation nationale gèrerait l’administration de l’ensemble.

L’esprit des Pères fondateurs

Il faut bien se rendre à l’évidence : puisqu’aucun contre-argument ne tient, la seule raison pour laquelle une bibliothèque numérique nationale n’est pas créée, nous dit Robert Darnton, tient à la mauvaise volonté politique, qui juge sans doute trop utopique cette création.

C’est pourtant grâce au voeu des Pères fondateurs, utopique, auxquels les hommes politiques actuels se réfèrent toujours, que les Etats-Unis d’Amérique furent créés…

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