1001 librairies : colis, collo, cou

2010/12/02 § 2 Commentaires

Sylvie Lartigue, de 1001librairies, m’annonçait au téléphone dans la matinée la sortie imminente d’un mini-site consacré au fameux portail de ventes de livres papier (voir mon article du 24 septembre), fort d’un partenariat entre plusieurs dizaines de librairies indépendantes.

Entrée et vocabulaire

Ce mini-site, aujourd’hui disponible, est un avant-goût d’un gros portail à venir. Son exploration se fait par trois entrées : lecteur (et non pas visiteur), libraire, journaliste.

Le vocabulaire est ici très important. Il marque une triple position (mercantile (la vente), consommatrice (la lecture), communicationnelle (relation presse)) que « le lecteur », « le libraire », « le journaliste » viennent recouvrir. Pour autant, la vente est parfaitement assumée. Elle est seulement réinvestie, appréhendée par les acteurs qui l’animent.

On soigne donc dès l’introduction le rapport « humain », de « proximité », en le validant par une prise en main visuelle (il faut cliquer sur les onglets pour accéder aux rubriques, donc valider la prise en main qui est une prise de position).

L’objet

L’objet « livre » n’est pas non plus renié : c’est même sa matière qui est promue. Ce qui est refusé, par contre, c’est son traitement et la relation que révèle ce traitement : « 1001librairies s’adresse à tous les lecteurs qui considèrent qu’un livre acheté sur le web est davantage qu’un simple colis délivré dans une boîte aux lettres ».

Colis, collo, cou

Colis vient en effet de l’italien « collo » qui désigne le cou et renvoie à une « charge portée sur le cou ».

Etymologiquement, entre celui qui porte le colis et celui qui le reçoit, il y a donc une relation asymétrique où le lien, ténu, entre les deux partis s’annule aussitôt que l’objet est remis.

La remise du livre n’est donc pas un passage de témoin qui s’incarne dans le temps, mais une « livraison » (du latin liberare, « affranchir, libérer ») qui évoque encore une fois une relation d’asservissement.

C’est bien cette logique que refuse le portail. Il inscrit au contraire la relation créée dans le temps.

En un sens, donc, le livre est un premier point de contact et non pas, comme dans le cas de livraison, une marchandise dont on se débarrasse, à l’origine d’un rapport hiérarchique que le livreur est pressé d’évacuer pour « s’affranchir ».

Ici, au contraire, « des conseils personnalisés délivrés par des libraires guident le lecteur et l’aident dans ses choix. »

L’économie de l’attention

C’est tout l’enjeu de la recommandation et de l’économie de l’attention : « ici, pas de robot ou d’algorithme de calcul, mais un vrai libraire qui répond à votre demande. »

L’adjectif « vrai » est lourd de sens et désigne, plus que la virtualité derrière les libraires numériques mondialisées, l’inexistence d’un professionnel et d’un métier. Il est donc double et joue sur une confusion bien connue entre réalité et vérité.

Le défi est énorme. En effet, l’économie de la recommandation (les livres que vous recommande Amazon) est née d’un constat simple : saturés par les messages, constamment sollicités, notre attention est une valeur extrêmement rare.

Deux modèles s’opposent face à cette observation : ceux qui, en échange de notre attention et de notre investissement (notation, commentaire, etc.), nous offrent des services automatisés et ceux qui proposent des services humanisés, en dégageant notre investissement pour le réinvestir dans la rencontre. C’est pourquoi le portail incite à se rendre directement dans les libraires.

La multiplication des déterminants possessifs (« Votre magazine », « Vos services », « Vos librairies ») traduit à la fois l’enjeu de l’appropriation du service et la volonté de rééduquer le public à cette prise de contact : il est engagé d’entrée. En un sens, donc, si son attention est si sollicitée, c’est qu’on vous le rend bien, en vous conseillant bien.

Valeur de la recommandation

Je m’interroge cependant sur la valeur de cette recommandation. Il ne faut pas oublier une chose importante : la libraire physique a aussi des stocks à écouler. Autrement dit : le libraire pourrait être amené à recommander les livres qu’il veut vendre. C’est ici son intégrité qui est en jeu.

C’est pourquoi je crois beaucoup plus à une recommandation de livres numériques, où la logique d’écoulement des stocks n’existe pas : le libraire peut alors recommander tel ou tel livre sans être soupçonné de vouloir écouler son stock physique.

Vu que le portail propose les deux, tout le monde devrait pouvoir s’y retrouver…

Au-delà de la vente

Bien évidemment, face aux géants de la ventre en ligne, la plus-value d’un tel service, c’est l’animation culturelle. La librairie, si elle veut avoir une chance, doit en effet pouvoir se constituer comme un foyer culturel, qui assume son aspect mercantile, mais propose aussi de le dépasser à travers des manifestations culturelles.

Pas étonnant, donc, que « le projet contribue à l’animation locale de quartiers et privilégie la relation sociale entre libraires et lecteurs ». A vrai dire, les libraires proposent souvent des rencontres avec des auteurs, des débats…Le gros problème, c’est la communication de telles manifestations.

Stratégie de référencement

Elle pourraient ici trouver, avec un service commun d’agenda et un magazine culturel, une plus grande visibilité.

La stratégie du référencement allie donc une intégration des mots-clés (rendez-vous, horaires, manifestations, adresses) et leur animation culturelle. Une manière de remplir intelligemment les cases et d’éviter le référencement vide, sévèrement sanctionné par les moteurs de recherche.

C’est encore le meilleur moyen de répondre aux attentes d’un Google partout présent sur le site mais visible nulle part. :-)

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