Comment cacher des livres dans une bibliothèque ?

2010/11/25 § 2 Commentaires

L’un des plus grands bonheurs de l’étudiant n’est pas de brûler les livres qu’il est obligé de lire, mais de les cacher.

Pourquoi cache-t-on un livre dans une bibliothèque ?

Il cache :

  • Un livre qu’il veut pouvoir retrouver le lendemain
  • Un livre qu’il veut pouvoir emprunter plus tard (sa carte est pleine : l’emprunt n’est plus possible ou le service de prêt est indisponible)
  • Un livre dont il veut restreindre l’accès de manière à priver les lecteurs d’une source d’informations
  • Un livre qu’il adore lire en bibliothèque mais dont il a honte

Méthodes

Plusieurs méthodes, issues de diverses stratégies, pensées, compromis et négociation, sont employées :

  • Cacher un livre derrière un autre
  • Cacher un livre sur une pile de livres
  • Changer le livre de place, de rayon
  • Rendre difficile la lecture du titre (mis à l’envers, bande blanche pour le masquer – le danger c’est d’attirer davantage l’attention)
  • Construire au livre honteux un périmètre d’autorité (une pile-forteresse de livres, sérieux) s’il est apprécié par l’étudiant, mais qu’il ne concerne pas directement l’objet de ses études.
  • Ne pas cacher le livre

Analyse des méthodes

  • La première méthode consiste à annuler la présence du livre. Elle est dangereuse parce qu’elle peut pousser celui qui ne le trouve pas, mais qui le repère dans le catalogue à : 1. Pousser ses recherches plus loin 2. En demander un exemplaire dans une réserve (et la 3ème raison pour laquelle on les cache – priver les autres d’une source d’informations – échoue alors).
  • La deuxième méthode consiste à brouiller la possibilité de lecture des titres en multipliant les sources d’entrée de repérage (plusieurs livres en colonne) sur une même ligne verticale. Résultat : découragement pour celui qui cherche.
  • La troisième méthode (redoutable) est aussi la plus (mal)honnête : elle ne s’embarrasse pas d’une culpabilité, ne laisse aucun doute sur les intentions de celui qui cache le livre, ne lui donne aucun moyen de pratiquer la mauvaise foi (« J’ai mal rangé le livre, par maladresse, par précipitation »).
    Elle vise à rompre l’équilibre classificatroire de la bibliothèque en la réorganisant selon une logique d’intérêt, alors qu’elle est généralement ordonnée par discipline, genre, voire sensibilité. Vicieuse, c’est ma préférée.
  • La cinquième méthode est révélateur du souci du statut social. L’étudiant doit pouvoir montrer ce qu’il est censé lire sans le dire et cacher ce qu’il lit vraiment par ce qu’il est censé lire. C’est une forme d’exhibition culturelle non verbale, susceptible d’assurer la préservation de son élégance (« je n’ai pas mentionné tout ce que je lis, vous m’avez surpris de train de lire ») et son capital culturel (« Vous ne me voyez pas lire Picsou Magazine »). Je l’utilise souvent.
  • La dernière méthode prend en compte les stratégies des autres étudiants pour retrouver/cacher des livres. Elle consiste donc à faciliter la recherche, en exposant délibérément le livre convoité ou à le laisser à sa place. Je ne la conseille pas : celui qui est à la recherche de livres ne joue pas toujours à cache-cache. Et il se peut que le danger vienne de celui qui ignore tout de ces techniques et se dirige naïvement vers le livre recherché.

Jeu social

La plus grande crainte, avec le livre et la bibliothèque numérique, n’est donc pas l’impossibilité dans laquelle on se trouve de feuilleter, sentir, toucher un livre, mais de la privation d’un jeu social où l’appropriation de la bibliothèque passe par le détournement, le travestissement et l’utilisation de ses fonctions.

Priver les autres du livre qu’ils recherchent condamne l’utilisateur, dans le cas d’une bibliothèque numérique, à une peine (il sera accusé de piratage) et l’oblige à avoir des compétences techniques. Entre le bibliothécaire et le lecteur, il y a désormais un informaticien.

La bibliothèque connectée : se cacher dans les livres

Il se peut cependant que de nouveaux outils (playlists de livres reliées à l’identité de l’auteur de la liste, etc.) pallient ces défauts en réintroduisant et déplaçant les ruses, stratégies, préservation du capital social vers la dissimulation, le travestissement et la construction d’une personnalité traversée par un nouveau lieu privilégié de sociabilité : le livre.

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