La lecture collective selon le New York Times

2010/10/16 § Poster un commentaire

Dans un article publié hier (le 15 octobre), le New York Times s’intéresse à la lecture collective (qui est la spécialité du chef SoBook, je vous le rappelle :-) et plus particulièrement à la possibilité offerte par le Kindle d’Amazon de voir quels passages ont été les plus soulignés par les utilisateurs.

On est encore à l’aube de la lecture collective (voire collaborative) ou sociale. Kobo, avec sa prochaine sortie sur la tablette de RIM (Blackberry), propose déjà une v.2 de ce qu’elle pourrait être. Le New York Times se penche ici sur ce qu’elle est déjà.

Aphorismes

Virginia Hefferman, rédactrice de l’article, fait justement remarquer que la visualisation des passages les plus soulignés, dans un livre, produit un curieux effet sur la lecture. Que souligne-t-on, d’ailleurs ? Des passages susceptibles d’être saisis hors contexte, c’est-à-dire des aphorismes, des phrases-guide-de-vie. Le problème, c’est que tous les auteurs n’écrivent pas des aphorismes et que tous les lecteurs n’en recherchent pas.

Le risque, selon moi, c’est de faire du soulignement un vote qui plébiscite tel ou tel passage, déjà considérablement mentionné (une personne souligne ce qui a déjà été souligné), et en écarte d’autres, de manière à constituer, grâce à la collection de tous les passages soulignés d’un même livre, une sorte de « best-of » de la pensée.

Bien sûr, cette fonction peut être désactivée, précise Virginia Hefferman. Mais une fois qu’elle a été utilisée, difficile de s’en passer : on est toujours curieux de ce que les autres pensent ou lisent. Surtout : nous sommes devenus incapables de lire seul. Nos enfants s’étonneront même peut-être qu’on ait pu lire si longtemps seul, alors qu’avant le X°s, la lecture était sociale, était faite à voix haute. C’est sans doute plus naturel.

Contamination, histoire et reproductivité

Je reviens sur le curieux effet que produisent ces passages soulignés. Cette étrangeté, c’est peut-être la trace laissée par un autre. On est habitués à marquer individuellement nos ouvrages, ou à nous énerver  (ou amuser) de celles que d’autres ont laissées, après en avoir prêté ou acheté un (d’occasion).

Dans le premier cas, c’est en effet l’énervement qui domine : j’avais prêté ce livre, j’attendais légitimement qu’il me soit rendu dans son état d’origine, et mon bien a été modifié. Le prêt idéal, c’est celui qui ne s’ajoute pas, qui ne contamine pas ma propre lecture. Dans ma bibliothèque, ce nouveau livre est devenu un corps étranger.

Dans le second cas, l’amusement prévaut, mais c’est parce que j’ai accepté, en l’achetant d’occasion, d’y trouver des traces dont j’imagine le parcours, dont je m’émeuts et que je refais virtuellement. La trace laissée est peut-être même une attention qui m’est faite et dont je suis aujourd’hui le gardien. Dans ma bibliothèque, ce nouveau livre trône au milieu des autres, ou se trouve couvé par eux.

Le troisième cas (passages soulignés du Kindle) se rapproche du second. Ce qui change, pourtant, c’est que ce livre individualisé, marqué par les autres, n’est pas individuel : il ne m’est pas destiné et ses marques, si intimes, si personnelles, sont reproductibles à l’infini. Je ne suis plus le dépositaire et le gardien du passé d’un livre, je ne suis qu’un observateur dont la marque s’ajoute à celle des autres pour faire des statistiques.

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