Prix du livre numérique : et pourquoi pas le mécénat global ou la co-création ?

2010/09/27 § Poster un commentaire

Thierry Crouzet, sur son blog, rend compte de 4 façons de vendre les livres (l’actu des ebooks prolonge la réflexion).

Le modèle Ryanair

L’une d’elle s’appuierait sur le « modèle Ryanair ». En gros : le livre est d’abord gratuit puis il enfle avec la demande. La promotion est ainsi assurée (on en parle), la rareté de l’offre augmente la valeur de l’objet et la nécessité de l’obtenir rapidement.

On est peut-être face à une sorte de co-création de valeur (style Jamendo), avec un système VIP de diffusion naturelle (les premiers, heureux de se voir « offrir » le livre, en font alors la promotion). J’y reviendrai.

Le modèle Radiohead

Deuxième option que j’appellerai le « modèle Radiohead » : l’internaute fixe la valeur du livre. C’est du mécénat. On peut pousser la logique plus loin et proposer une sorte de mécénat global (ce qui se fait actuellement dans la musique).

Pour que ça marche : la transparence doit être totale : les acteurs de la chaîne éditoriale doivent être mentionnés. L’internaute choisit alors de rétribuer un tel (l’auteur), un tel (le graphiste, dans le cas d’un livre multimédia, for example), un tel, etc. Pour résumer : il-sait-où-va-son-argent, ce qui lui donne un sentiment de participation et de pouvoir sur l’oeuvre éditée.

Le syndrome du clochard

Nous sommes en effet tous généreux, qu’autant que nous sommes assurés de la bonne utilité de notre argent. Nous ne donnons jamais sans suivi ou garanties, même si le « don » est totalement désintéressé.

Avouons-le : un clochard qui demanderait une pièce, bouteille à la main, a 10 fois moins de chance d’être entendu. A l’inverse, une pancarte indiquant la bonne gestion du don (« J’ai faim »), ou un animal, suscitent notre compréhension (le Téléthon ne fonctionne d’ailleurs pas autrement.)

Rétribution des internautes ?

Evidemment, impossible de pousser le cynisme jusqu’à demander un retour sur investissement (du moins monétaire). Mais dans une logique clairement marchande, où les termes du contrat ont été fixés à l’avance, c’est envisageable. A terme, l’internaute pourrait ainsi se voir rétribuer, proportionnellement à son investissement (on aura reconnu le modèle de My Major Company).

Ill pourrait se satisfaire d’une gratification personnelle : mot de l’artiste, diffusion automatique sur les réseaux sociaux de son action généreuse, de manière à ce qu’il n’ait pas – inélégance totale – à le faire savoir (« – Ouah, j’viens d’apprendre totally par hasard qwa que t’étais à l’origine du succès de Grégwaaaare ! » – « Chuuuuut, j’voulais pas que ça se sache ! »).

Mécénat global, panégyrique général

Mais on n’est pas à la cour du roi : si un panégyrique, en son honneur, pouvait le faire entrer dans l’histoire, la même action serait disproportionnée individuellement. C’est ce qui a conduit, par exemple, Grégoire (de My Major Compagny) à remercier globalement les internautes qui avaient financé son projet : une manière de les gratifier mais aussi de pérenniser leur souvenir.

Alors bien sûr ces pigeons bienfaiteurs n’entreront pas dans l’histoire pour avoir aidé ce futur inconnu mort dans l’oeuf. Mais c’est le même mécanisme, ce sont les mêmes ressorts : le dédommagement à hauteur de l’investissement.

Nouveau prix pour un nouvel objet

Ces initiatives traduisent la recherche d’un modèle économique viable pour un objet en pleine mutation, qui ne peut pas se satisfaire des anciennes régulations, et notamment celle du prix unique du livre.

On le sait aujourd’hui : ce dernier n’a pas eu les vertus immenses (ni les vices d’ailleurs) qu’on lui a attribués. Il permit en effet surtout aux librairies de ne pas trop souffrir de la concurrence des grosses chaînes de distribution sur les Blockbusters (voir l’excellente étude de Mathieu Pérona (2010) sur Le prix du livre unique).

Tirer parti du livre social : professionnaliser l’amateurisme

Un nouveau prix pour un nouvel objet doit donc être débattu. Les acteurs ont notamment tout intérêt à tirer profit du « livre social », qui fait du livre non plus seulement un objet mais un espace où s’agrègent des contenus et s’échangent des informations.

  • Le modèle co-créatif

Dans ce modèle co-créatif, le lecteur serait par exemple amené à valoriser gratuitement un bouquin (on se sert de sa passion), en en parlant (sur son blog ou sur les réseaux sociaux), en constituant autour de lui un écosystème (rencontres, vidéos, critiques, web-TV, etc.) ou en votant/recommandant (co-optation). Une manière de professionnaliser le critique-amateur, la vidéo-amateur et de diminuer les coûts marketing.

Par ailleurs, les discussions entre internautes et leur émulsion autour d’un auteur permet de minimiser les risques industriels (bouche-à-oreille de grande échelle). Ce qui implique, de la part des écrivains, une présence sur ces réseaux et un rapport étroit avec leurs lecteurs à qui ils permettraient de télécharger leurs oeuvres et de les distribuer (creative commons). La modération serait alors assurée par des lecteurs bénévoles, impliqués et soucieux d’une expérience communautaire de qualité.

  • Le lecteur corvéable à merci :)

Les internautes deviennent donc une main-d’oeuvre gratuite qu’on rétribue symboliquement, en plus d’être un lectorat, qui permet notamment d’affaisser les coûts de promotion d’un livre (et donc son prix) et qu’il reste à organiser, à constituer autour d’une plateforme, pour imaginer de nouveaux modèles économiques. Le mécénat global et la co-création pourraient être l’un d’eux.

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