Labo BnF : première conférence, premier compte-rendu

2010/09/22 § 6 Commentaires

C’était donc la première conférence du Labo BnF. Le thème «lecture et écriture du futur». Les invités : Thierry Baccino et Haruko Tsujita. Il a été question de beaucoup de choses et notamment des points que je soulevais encore hier sur la feuille communicante, flexible et bon marché (qui sera, c’est sûr, l’avenir du E-book), le passage facilité d’un support à l’autre, la dissolution de l’informatique dans les objets du quotidien. Je reviens uniquement sur quelques éléments remarquables qui touchent à la lecture numérique.

L’explosion du livre et l’Asie

En Chine et au Japon, nous disent Rives et Tsujita, on consomme beaucoup de papier. Beaucoup moins en Chine cela dit : 41 Kg/an pour un Chinois (en 2004) contre 246 Kg pour un Japonais. Or, la Chine se développe, la Chine s’industrialise et ses classes moyennes veulent accéder au savoir. Conséquences : il faut fournir des manuels. Sauf que les Chinois sont bien plus nombreux que les japonais (non sans dec’ ? ;-)) et plutôt soucieux, contrairement à ce qu’on croit, de l’avenir de leurs arbres. Il faut donc trouver une solution et le papier électronique est cette solution. C’est pourquoi en 2012 pas mal d’écoliers seront équipés en cartable numérique.

Le marché Chinois est loin d’être le seul à bénéficier de mesures gouvernementales. La Corée est très concernée : dès 2011, les membres du gouvernement devront utiliser des feuilles électroniques lors de leurs réunions.

Le Japon, surtout, témoigne d’un souci grandissant : la Bibliothèque japonaise va numériser 400 000 livres avant mars 2011. La question est désormais de savoir comment entrer sur le marché des e-books sans prendre de retard et non plus de se demander s’il faut y entrer ou pas (messieurs les éditeurs français, merci de retenir la leçon). Amazon et le Kindle comptent ainsi bien s’implanter au Japon courant 2011.

Ces politiques favorables encouragent fortement les constructeurs. Les usines de papier électronique (et non pas seulement de tablettes) sont en construction. La rupture est imminente.

Des expérimentations réalistes

Elle est notamment perceptible dans une série d’expérimentations réalistes qui devraient, prochainement, prendre place dans notre quotidien. Ainsi ce «Life Wall», protototype de mur électronique, d’Ambient electronics, qui reconnaîtra à terme les membres de la famille, affichera un menu personnalisé selon la personne reconnue. Pour ce faire, le matériau de la feuille électronique devra être en papier, surtout pas en verre (printable electronic). Certaines sociétés sont sur les starting-block pour le réaliser.

L’environment electronic

Ces expérimentations illustrent bien un concept très en vogue depuis une dizaine d’années : l’environment electronic ou la dissolution du net dans chaque objet du quotidien, à tel point qu’il devient invisible. On devrait donc bientôt connaître une révolution de l’emballage : toutes les surfaces seront recouvertes de papier électronique de telle façon qu’il deviendra un média de communication.

On peut imaginer des murs d’informations électroniques, dans les files d’attente de restaurant (le « Flepia » de Fujistu frontech), ou dans les métros (le papier « Machi Comi »), qui viendront divertir le client/usager quand il attend. Pour autant, tous ces outils ne conduiront pas à une solitude de son utilisateur.

Ils pourraient même communier avec, par exemple, des panneaux de sentiments qui diffuseront l’état d’esprit des visiteurs d’un musée face à une oeuvre. On pourrait même imaginer (et Epson l’expérimente à Tokyo) une oeuvre qui « communiquerait » des informations aux visiteurs munis d’une feuille électronique : le passage, la transition de l’un à l’autre seraient ainsi assurés.

Feuille électronique VS Tablettes

On l’a compris : c’est la feuille électronique qui va prochainement être démocratisée. Pourquoi ? D’abord, elle ne sera pas chère. L’année prochaine, elle devrait coûter 80 euros et 30 euros en 2012…Les 3 prochaines années seront donc déterminantes.

L’avantage des feuilles numériques face aux tablettes ? Basse consommation, faible coût, légèreté, résistance, personnalisable/ajustable (très pratique en bibliothèque ou dans les supermarchés : les étiquettes pourront être changées rapidement – c’est déjà le cas, cela dit, avec les étiquettes électroniques…dans mon petit Casino à la pointe de la pointe. ;-))

Les conséquences sur l’utilisateur

Toutes ces expérimentations, ces interfaces, posent cependant des problèmes. Que penser, par exemple, d’un criminel qui changerait de vêtement numérique pour éviter de se faire reconnaître ? Au-delà de l’aspect humoristique de cette remarque, on peut déceler un certain nombre de conséquences de ces nouvelles technologies et notamment sur notre lecture.

  • Le seuil d’adaptabilité

Thierry Baccino fait remarquer que lire sur un écran rétro-éclairé (type Ipad) et écran E-Ink (encre électronique) est très différent (on le savait, et il l’a déjà précisé dans l’un de ses livres dont je rendrai ptêtre compte, mais le rappel ne fait pas de mal). La question est de savoir si le cerveau est capable de s’adapter en 30 ans à tant de changements. Il semblerait que nous ayons des structures figées, une sorte de seuil au-delà duquel on ne saurait aller.

  • Vision fovéale et empan visuel : curseur de l’attention

L’enregistrement des mouvements oculaires sur les deux écrans (rétro-éclairé et e-ink) montre, par exemple, qu’on lit 25% moins vite sur écran rétro-éclairé (deux points de fixation sur le même mot pour un seul point dans le cas de l’encre électronique/papier). La vision fovéale et l’empan visuel, qui déterminent l’attention, diminuent avec l’écran rétro-éclairé.

  • Lecture de l’attention = distraction visuelle/sonore réduite

De la même façon, les tablettes, qui autorisent l’interactivité, le multimédia et le scrolling génèrent une instabilité spatiale qui dégrade la mémoire. Il n’est évidemment pas question d’interdire ces expérimentations mais de choisir celles qui sont le plus adaptées pour un type de lecture défini (il y en a plusieurs : immersive, de divertissement, etc.). La lecture de l’attention requiert une distraction (images, vidéos, sons) réduite. Un bon équilibre est donc encore à trouver.

Conclusion

Au final, donc, une bonne conférence pour se rafraîchir les idées avec une présentation (encore sommaire, mais ça viendra) de ces futures expérimentations dans la BnF même (service des manuscrits) auxquelles le Labo et ses ateliers donneront une visibilité pratique.

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