Babélio, réseau social de livres

2010/09/04 § Poster un commentaire

En attendant la sortie probable d’un « Ping » pour les livres (« Pong » ? Ok, c’est pourri…), une petite présentation d’un réseau, Babélio, le plus abouti, où sont partagées critiques, bibliothèques, playlistes et compagnie.

Interface d’accueil

Babelio joue la transparence, en affichant dès la première page une série de statistiques (nombre de membres, nombre de livres, citations, vidéos). L’intérêt ? J’en vois trois : 1. rendre compte de la dynamique du site, évidemment; 2. nouer une relation de confiance avec l’utilisateur (on-ne-vous-cacheuh-rien-non-rien-de-rien); 3. lui donner l’impression d’influer sur la marche même du réseau par la comptabilisation instantanée de sa contribution. L’accroissement de l’objet-livre par l’activité du lecteur fonctionne à fond les ballons.

C’est qu’on blahblahte beaucoup sur Babélio. Faut dire que le site y incite en mettant à l’affiche et à l’honneur (tout en haut) ceux qui participent le plus. C’est un système d’actualisation et de popularité : la dernière critique, la dernière vidéo, les livres les plus mieux, les livres de la rentrée. On doit montrer qu’une communauté de lecteurs, c’est autre chose qu’un club de retraités. Mais on ne perd jamais de vue le livre (c’est écrit en gros, bande d’analphabètes : « connectons nos bibliothèques »).

La visibilité est donc décroissante, à mesure qu’on s’écarte de l’objet-livre. Du coup, on doit un peu scroller pour voir « les dernières vidéos ». Hé oui, c’est le livre qui est à l’honneur.

Mon compte

Mais pas que. Parce qu’un livre, ça se met en valeur et ça l’est d’autant mieux que c’est fait par-les-vrais-gens-de-tous-les-jours. La critique professionnelle, c’est beurk, ça pense jamais comme moi d’abord. Par contre, les personnes qui pensent comme moi, y’en a plein. Et Babélio permet de les rencontrer. En ajoutant et notant plus de 30 livres (incitation astucieuse à la participation, encore une fois), Babélio se change en meetic du livre : on vous indique quels sont les lecteurs « les plus proches », ceux qui ont des goûts similaires aux vôtres. Chouette, je vais enfin trouver mon double, fan de littérature mozambique et araméenne !

Pour ça, je dois aussi remplir un profil. C’est là que Babélio devient intéressant : l’interface fonctionne comme une palette d’outils qui permet de produire une image sociale de soi. Je ne vais quand même pas mettre, dans mes livres favoris, si je suis un professeur (appelons-le le professeur Herbuzard), la liste des derniers romans à la mode (même si je les ai dévorés). Faut pas déconner, merde. Et comme on peut me suivre, je peux pérenniser cette image : je suis sûr qu’à intervalles réguliers, on viendra me la rappeler (« Et alors, le dernier écrit gnostique sur Jésus, il est comment ?? »). Mais remarque, on n’a même pas besoin de venir me la rappeler : la manière dont on s’adresse à moi me la rappelle en permanence (« Cher professeur Herbuzard, je me permets de vous écrire pour connaître votre avis sur tel livre »).

Conclusion

Co-création de valeur ?

On est clairement dans une réévaluation de la chaîne de valeur éditoriale. La musique a connu la même chose et a évolué jusqu’à la co-création de valeur. En gros, l’utilisateur, à travers ses actions (commentaires, critiques, participation) est partie prenante dans l’accroissement de la valeur d’un titre musical. En s’investissant ainsi, le public devient un acteur, une main-d’oeuvre bon marché monéable que l’entreprise n’a plus qu’à convertir (exemple de Jamendo).
Les leviers pour réussir ce tour de force ? Transparence, co-optation, dialogue, accès (dixit Alban Martin dans L’Age du peer). On n’en trouve pour l’instant que trois sur Babélio : transparence, co-optation (on donne son avis sur les livres) et dialogue. Il manque un accès libre aux livres pour fournir un modèle économique type jamendo. Dans ce modèle, les membres assureraient la modération (modérateurs bénévoles), la promotion/distribution, le contenu (livres écrits par les lecteurs) et enrichiraient ainsi l’expérience livresque. Ce n’est pas encore l’ambition de Babélio, qui marche à la pub . Son ambition, c’est d’offrir un espace de sociabilité littéraire en pleine croissance pour la monétiser auprès des annonceurs de façon très ciblée (une critique=un goût) et des éditeurs partenaires sensibles à une relation affective avec leur lectorat (Masse critique, qui permet de recevoir un livre contre une critique, va dans ce sens). Babélio ne s’en cache d’ailleurs pas : « Babelio vous propose d’annoncer à destination d’une communauté en très forte croissance et très-ciblée sur les lecteurs ».

Le livre-lieu

Le livre devient ainsi un espace marchand, grenier où l’on se dépose et où l’on vient se sociabiliser (j’invente rien, ce sont les sociologues-rosbifs qui le disent. Voir Reading groups de Hartley ou chez nous : Internet et la sociabilité littéraire) . Autrement dit : le livre n’est plus un objet…C’est un lieu,  situé entre des zones privées, publiques et marchandes.

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