Mon père, ce bricoleur

2010/09/01 § 1 commentaire

Mon père, qui n’aime pas beaucoup Apple (« Trop fermé »), m’a dernièrement demandé s’il existait une alternative à l’Ipad. « Le Kindle d’Amazon, of course » j’ai répondu avec un air d’expert. Sauf qu’il faut le commander, donc attendre…Et là, j’ai eu peur. Parce que mon père n’aime pas attendre, il doit pouvoir faire mumuse dans l’excitation du moment. Attendre, ce serait s’investir dans un objet qu’il remplacera dans quelques mois (voire semaines).

Le Sony PRS-505, j’ai testé : ben bof quoi. Ok, ça reproduit les conditions de lecture classique (pour-pas-désorienter-le-lecteur-han), ok cette couverture en cuire est jolie, mais la rémanence, c’est chiant, et le noir et blanc, c’est quand même le crétacée des liseuses électroniques à l’ère de l’Ipad-tout-couleur. C’est sans doute pourquoi il n’existe plus, d’ailleurs.

Galèèèère, putain que c’est galèèèèère

J’ai fini par lui conseiller le Cybook Opus, trouvable dans toutes les bonnes Fnac, et dont le fabricant est un bouffeur de grenouilles (ça, c’est nous). Drapeau tricolore, youpi.

Or, mon père aime beaucoup Borges et Borges se lit en PDF (les fameux Cahiers de l’Herbe en tout cas, une série d’études sur son auteur chéri). Sauf que le Cybook Opus ne les lit pas bien, les PDF. C’est même son gros défaut, au cybook Opus.

Heureusement, j’avais la solution : Calibre, qui permet de convertir du PDF en Epub (format plus adapté aux liseuses électroniques). Sauf que le PDF-borgésien est bourré de protections…Impossible de le calibrer. Bon, y’avait bien une autre solution : combiner deux superpuissants logiciels (Python et PyCrypto) pour décrypter le fichier crypter. Mais il fallait que j’installe un pack spécial chose pour mon Mac, histoire de rendre compatible les deux logiciels avec la nouvelle version de MacOs.

Découragé (flemmard), j’ai finalement dit à mon père de mettre les mains dans le cambuis numérique et d’apprendre un peu à bricoler.

Bricoler au XIII°s

Xylographie sur papier, 1431, époque des Ming

En Italie, au XIII°s, ils ont connu une situation un (petit) peu comparable, mais à l’envers. Je m’explique : Gutenberg, le roi-imprimerie, n’était pas encore né, impossible de reproduire un texte, sinon en passant par la xylographie, l’ancêtre de la typographie (en gros, on reproduit une image gravée sur bois par estampage, en la frottant). Du coup, les lecteurs italiens font copier des livres ou finissent par les copier eux-mêmes, c’est-à-dire par les bricoler, parce qu’ils veulent lire des livres sans rapport avec leur profession de respectables notables.

C’est marrant de réaliser que le bricolage, dans ce cas, est imposé par l’absence d’une technique révolutionnaire, l’imprimerie, alors que le bricolage, dans le cas du numérique, est imposée par la naissance de cette technologie. Dans les deux cas, ce bricolage impose une appropriation de la bibliothèque : l’effort consenti pour convertir un fichier accroît sa valeur, perdue par la facilité avec laquelle il a été obtenu (sur l’Ibookstore d’Apple, parce que sur les autres plateformes, à part celle d’Amazon, c’est l’horreur – mention spéciale  et palme d’or de la nullité à E-Pagine).

S’approprier sa bibliothèque

Attention, je ne dis pas que c’est un bon point…c’est même carrément décourageant (j’ai acheté sur la Fnac “Mainstream” de Martel et impossible de le lire sur mon Ipad, à cause d’un DRM d’Adobe…bah j’ai laissé tomber du coup, en attendant un logiciel qui casse la protection).

Les moyens d’appropriation d’une bibliothèque devraient être ailleurs et notamment dans les fonctions sociales, dans la possibilité d’annoter son livre, de le marquer. Mais cette galère des premiers temps oblige aussi à s’intéresser aux formats (Epub, PDF, etc.) et à la loi qui les gouverne (Copyright, droit d’auteur, Hadopi, etc.).

Le bricolage ne durera qu’un temps et bientôt, la prise de conscience forcée que génère ce bricolage, sera balayée par la facilité avec laquelle nous acquerrons nos livres. Il y aura quelques spécialistes pour s’y intéresser. Les amateurs de téléchargement illégal ne devraient pas être si nombreux. Ce n’est pas (seulement) à cause d’Hadopi : des parades seront vite trouvées (et il y en a déjà : téléchargement direct, liens torrent magnet, usenet, clients anonymes type oneswarm). Hadopi permet juste, pour l’instant, de diriger l’utilisateur vers une offre payante satisfaisante qui saura rapidement le fidéliser.

La rédemption par le micropayement ?

Et cette offre payante, actuellement, c’est Apple qui l’a mise en place. Quand vous êtes sur  l’Ibookstore (l’application maison pour télécharger des livres), on vous demande tout de suite d’être connecté à votre compte (sur lequel vous avez donné une modalité de payement).

Les étapes pour payer sont ainsi réduites à une seule action : la confirmation. Associé aux petits prix (1 euro par ci, 1 euro par là), le payement devient indolore. Du coup, j’ai pas mal acheté ces derniers temps…et je me surprends même à passer à la version payante d’un logiciel.

Apple m’éduque au payement, en anticipant ma paresse (j’ai la flemme d’aller chercher, collecter, recomposer des fichiers éparses) et en se positionnant par vague au moment où l’utilisateur est contraint de trouver une solution légale.

Il faudra cependant aller encore plus vite, en proposant un catalogue plus riche (la plateforme de Numilog est plus intéressante niveau choix pour l’instant), pour fidéliser le client à une seule méthode de payement et pérenniser son comportement. Parce que je sens bien que l’habitude que j’ai prise est fragile…le bricolage illégal est parfois (tellement) tentant.

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