Amazon 360°

2010/09/30 § 4 Commentaires

Le bouton «j’aime» de facebook a envahi les blogs. Sur le même principe, Amazon propose maintenant de poster, sur n’importe quel site, des extraits de romans de son catalogue, également partageables sur les réseaux sociaux.

Pour poursuivre la lecture, il faudra passer à la caisse. Au passage, le blogeur-associé ramasse une petite commission sur les ventes, s’il est affilié au programme…histoire de le motiver. Ils ont décidément pensé à tout chez Amazon.

Stratégie globale média

Depuis quelques temps, leur stratégie est claire : en plus d’être des constructeurs de e-Readers, ce sont des fournisseurs de contenus. Et du contenu, les tablettes – marché sur lequel l’entreprise n’est pas encore positionnée – en manquent. Sauveur-Amazon est là et leur propose, en passant par son application Kindle, un accès à un riche catalogue (700 000 titres revendiqués).

Amazon est partout, même sur l’Ipad, son grand concurrent. Le but inavoué n’est pas de vendre des Kindle (ils sont de plus en plus bradés) mais de fournir (encore une fois) aux consommateurs un e-Reader qui nécessite d’être régulièrement alimenté. C’est sur les livres qu’on fait de la marge.

Le libraire s’inscrit donc aujourd’hui dans la même démarche : être incontournable. Ce qui suppose d’être partout et d’opérer une stratégie médiatique globale, à 360°. Au risque d’accélérer la fragmentation des oeuvres et leur consommation-zapping.

Frustration passagère aussitôt réglée

La nouvelle fonction – poster des extraits – est habile. Car il est en effet possible, par simple redirection vers la boutique, d’accéder rapidement à la suite du livre. Réponse immédiate à une frustration passagère, créée de toute pièce, qui permet aussi à Amazon d’apparaître comme le médiateur de ce conflit et la solution idéale («On vous a mis dans une situation d’attente qu’on résout aussitôt», «nous savons comment résoudre le problème que nous venons de fabriquer»).

Un plugin

Autre habileté : la cible. Amazon charge en effet ses affiliés de rendre disponible, à leurs lecteurs, des extraits du catalogue du Kindle. Or, il n’y a pas de meilleur connaisseur des habitudes de ses lecteurs qu’un blogueur : il détermine en effet la nature de son lectorat à partir du thème de son site.

Parce qu’elle s’insère parfaitement dans le site, l’extrait n’apparaît alors pas comme une publicité (ce qu’il est au fond) mais comme un plugin indispensable à un site.

Or, nous avons bien affaire à du mercantilisme : Amazon est là pour vendre. Son catalogue, il le propose de façon fragmentaire et discrète, de manière à ce que l’utilisateur s’y intéresse naturellement et se dirige vers la totalité du store.

Le catalogue, machine de guerre d’Amazon

L’entreprise a donc parfaitement compris que sa survie passe par une présence accrue, aussi bien sur les tablettes que sur le web, et que sa plus grande force, ce n’est pas son Kindle (les technologies sont si vite dépassées…) mais bien son catalogue.

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Ipad : la concurrence se prépare à l’assaut

2010/09/29 § 1 commentaire

L’ipad, on l’a d’abord réduit à un gros Iphone; aujourd’hui, c’est l’Iphone qu’on qualifie de petit Ipad. Les choses ont bien changé en quelques mois. Ca a commencé avec des chiffres de vente remarquables, puis une cannibalisation annoncée des PC-portables et maintenant un déferlement de tablettes. Car il faut en être. On a été pris un peu de court du côté des fabricants. La question n’est plus de savoir s’il faut sortir sa propre bébête mais comment se démarquer des autres déjà existantes.

Le modèle 7 pouces et la téléphonie

Samsung a fait dernièrement le buzz’han (comme dirait Nikos) avec sa Galaxy Tab. En gros, dit la pub : elle fait tout pareil que l’Ipad, mais en tellement mieux. Dans la merde, besoin d’une info rapide ? La Galaxy Tab est là. Et en plus, on peut appeler avec (contrairement à l’Ipad), puisque le modèle ne fait que 7 pouces, on peut la tenir dans une seule main (contrairement à…vous connaissez la suite), on peut même lire avec (l’Ipad aussi, perdu).

Les mecs ont juste oublié de préciser que le système d’exploitation qui tourne là-dessus (Androïd, de Google) n’était pas encore adapté aux tablettes…et qu’elle reste chère, très chère (700 euros, sans abonnement). Comparativement, l’Ipad, c’est presque du discount.

De nouveaux écrans

Nouveaux formats et nouveaux écrans sont sur les starting-block. Ah, les fameux écrans Pixel Qi et Mirasol…qu’on nous promet depuis une éternité.

  • Pixel Qi

La tablette "Adam" de Notion Ink

Les premiers permettent de passer du rétro-éclairé (type Ipad) pour lire des vidéos au E-Ink pour lire des livres. Dans la mesure où les livres se tournent de plus en plus vers le multimédia, ça paraît casse-gueule.

En fait, ils devraient permettre de lire à la fois des classiques figés, et ainsi satisfaire des lecteurs soucieux de lecture immersive, et des livres plus interactifs. Une manière de ne pas trancher entre deux avenirs. Pixel Qi, qui cherchait encore des partenaires l’année dernière, en a trouvé un de poids : Notion Ink qui se prépare à sortir sa tablette Adam.

  • Mirasol : en couleur et ça fatigue pas les yeux

Coin coin

La seconde technologie qui émerge est celle de Qualcomm : Mirasol. C’est le Kindle, avec tous ses avantages (pas de fatigue des oeils, lecture au soleil), sans ses désavantages (c’est en couleur). Amazon pourrait l’intégrer dans sa tablette.

Faut en effet pas s’attendre à ce que Steve Jobs le fasse. Pourquoi ? D’abord, parce qu’il est chiant et aime bien emmerder le monde; ensuite, parce que cette technologie demande encore à être peaufinée. Or, Apple préfère des utilisateurs qui perdent progressivement la vue avec ses écrans que des utilisateurs frustrés de ne pas voir en quadricolor (tiens, ça me rappelle quelqu’un ça ;-).

Cette technologie est cependant un argument fort pour tous ceux qui croient au nomadisme (faire son petit tour à sa tablette sur la plage abandonnée) et qui ont démontré, plus sérieusement, comme les psychologues et ergonomes cognitifs (Thierry Baccino en tête), que nos capacités de mémorisation, d’attention et de rapidité diminuent avec le LCD.

Enfin…si la vidéo, l’interaction, les images sont intégrées, et quelle que soit la technologie, la dispersion sera aussi de la partie. On ne gagnera alors qu’en confort visuel et on aura l’air bien cons (« tout ça pour ça »).

Et les frenchy ?

Cocoricco

Du côté des français, c’est derrière Cybook que toute la patrie se range (ce sont aussi les seuls…). La société a sorti dernièrement les très attendus Orizon : tactiles, connexion wifi, sans reflet, fins, pas lourds (245 grammes), avec 150 classiques introduits et un prix correct (250 euros). La classe MacFly.

Cybook s’était fait remarquer à ses débuts avec des e-Readers de poche, et pas trop trop chers. Avec l’introduction du tactile, la société rattrape donc son retard sur les derniers de Sony (PRS 350 et 650), principal concurrent l’année dernière sur le marché français des E-readers (20 000 unités vendues de part et d’autre).

L’avenir

Ca bouge donc bien et beaucoup dans le domaine de la lecture numérique. Il n’y aura pas de taille standard. Les 5, 7, 9 pouces ne répondent pas seulement à des besoins différents, ni à des critères de lecture (plus confortables, plus grands, etc.), mais également à des usages, qu’ils soient personnels ou professionnels (la tablette BlackBerry, orientée pro,  sortira début 2011).

"PlayBook" de Blackberry (début 2011)

L’utilisateur de demain se distinguera ainsi par le nombre de ses écrans auxquels il assignera un usage et un lieu différents : 5 pouces à la plage/dans les transports/dans les toilettes, 7 pouces à l’école, 9 pouces sur le canapé et l’ordinateur sur le bureau ?

La feuille communicante et numérique, multi-format, qui coûtera 20-30 euros en 2012, pourrait accélérer cette fragmentation des usages et des lieux, en convaincant la plupart d’entre nous de déplacer, donc de démocratiser, un objet encore cher.

Prix du livre numérique : et pourquoi pas le mécénat global ou la co-création ?

2010/09/27 § Poster un commentaire

Thierry Crouzet, sur son blog, rend compte de 4 façons de vendre les livres (l’actu des ebooks prolonge la réflexion).

Le modèle Ryanair

L’une d’elle s’appuierait sur le « modèle Ryanair ». En gros : le livre est d’abord gratuit puis il enfle avec la demande. La promotion est ainsi assurée (on en parle), la rareté de l’offre augmente la valeur de l’objet et la nécessité de l’obtenir rapidement.

On est peut-être face à une sorte de co-création de valeur (style Jamendo), avec un système VIP de diffusion naturelle (les premiers, heureux de se voir « offrir » le livre, en font alors la promotion). J’y reviendrai.

Le modèle Radiohead

Deuxième option que j’appellerai le « modèle Radiohead » : l’internaute fixe la valeur du livre. C’est du mécénat. On peut pousser la logique plus loin et proposer une sorte de mécénat global (ce qui se fait actuellement dans la musique).

Pour que ça marche : la transparence doit être totale : les acteurs de la chaîne éditoriale doivent être mentionnés. L’internaute choisit alors de rétribuer un tel (l’auteur), un tel (le graphiste, dans le cas d’un livre multimédia, for example), un tel, etc. Pour résumer : il-sait-où-va-son-argent, ce qui lui donne un sentiment de participation et de pouvoir sur l’oeuvre éditée.

Le syndrome du clochard

Nous sommes en effet tous généreux, qu’autant que nous sommes assurés de la bonne utilité de notre argent. Nous ne donnons jamais sans suivi ou garanties, même si le « don » est totalement désintéressé.

Avouons-le : un clochard qui demanderait une pièce, bouteille à la main, a 10 fois moins de chance d’être entendu. A l’inverse, une pancarte indiquant la bonne gestion du don (« J’ai faim »), ou un animal, suscitent notre compréhension (le Téléthon ne fonctionne d’ailleurs pas autrement.)

Rétribution des internautes ?

Evidemment, impossible de pousser le cynisme jusqu’à demander un retour sur investissement (du moins monétaire). Mais dans une logique clairement marchande, où les termes du contrat ont été fixés à l’avance, c’est envisageable. A terme, l’internaute pourrait ainsi se voir rétribuer, proportionnellement à son investissement (on aura reconnu le modèle de My Major Company).

Ill pourrait se satisfaire d’une gratification personnelle : mot de l’artiste, diffusion automatique sur les réseaux sociaux de son action généreuse, de manière à ce qu’il n’ait pas – inélégance totale – à le faire savoir (« – Ouah, j’viens d’apprendre totally par hasard qwa que t’étais à l’origine du succès de Grégwaaaare ! » – « Chuuuuut, j’voulais pas que ça se sache ! »).

Mécénat global, panégyrique général

Mais on n’est pas à la cour du roi : si un panégyrique, en son honneur, pouvait le faire entrer dans l’histoire, la même action serait disproportionnée individuellement. C’est ce qui a conduit, par exemple, Grégoire (de My Major Compagny) à remercier globalement les internautes qui avaient financé son projet : une manière de les gratifier mais aussi de pérenniser leur souvenir.

Alors bien sûr ces pigeons bienfaiteurs n’entreront pas dans l’histoire pour avoir aidé ce futur inconnu mort dans l’oeuf. Mais c’est le même mécanisme, ce sont les mêmes ressorts : le dédommagement à hauteur de l’investissement.

Nouveau prix pour un nouvel objet

Ces initiatives traduisent la recherche d’un modèle économique viable pour un objet en pleine mutation, qui ne peut pas se satisfaire des anciennes régulations, et notamment celle du prix unique du livre.

On le sait aujourd’hui : ce dernier n’a pas eu les vertus immenses (ni les vices d’ailleurs) qu’on lui a attribués. Il permit en effet surtout aux librairies de ne pas trop souffrir de la concurrence des grosses chaînes de distribution sur les Blockbusters (voir l’excellente étude de Mathieu Pérona (2010) sur Le prix du livre unique).

Tirer parti du livre social : professionnaliser l’amateurisme

Un nouveau prix pour un nouvel objet doit donc être débattu. Les acteurs ont notamment tout intérêt à tirer profit du « livre social », qui fait du livre non plus seulement un objet mais un espace où s’agrègent des contenus et s’échangent des informations.

  • Le modèle co-créatif

Dans ce modèle co-créatif, le lecteur serait par exemple amené à valoriser gratuitement un bouquin (on se sert de sa passion), en en parlant (sur son blog ou sur les réseaux sociaux), en constituant autour de lui un écosystème (rencontres, vidéos, critiques, web-TV, etc.) ou en votant/recommandant (co-optation). Une manière de professionnaliser le critique-amateur, la vidéo-amateur et de diminuer les coûts marketing.

Par ailleurs, les discussions entre internautes et leur émulsion autour d’un auteur permet de minimiser les risques industriels (bouche-à-oreille de grande échelle). Ce qui implique, de la part des écrivains, une présence sur ces réseaux et un rapport étroit avec leurs lecteurs à qui ils permettraient de télécharger leurs oeuvres et de les distribuer (creative commons). La modération serait alors assurée par des lecteurs bénévoles, impliqués et soucieux d’une expérience communautaire de qualité.

  • Le lecteur corvéable à merci :)

Les internautes deviennent donc une main-d’oeuvre gratuite qu’on rétribue symboliquement, en plus d’être un lectorat, qui permet notamment d’affaisser les coûts de promotion d’un livre (et donc son prix) et qu’il reste à organiser, à constituer autour d’une plateforme, pour imaginer de nouveaux modèles économiques. Le mécénat global et la co-création pourraient être l’un d’eux.

1001librairies : et les libraires reprennent le pouvoir ?

2010/09/24 § 3 Commentaires

C’était hier : je voulais être libraire, parce que je n’avais pas voulu être bibliothécaire…Après avoir renoncé au professorat. Un littéraire se définit toujours par défaut.

Etre libraire, j’ai vite capté que c’était avant tout un boulot (très qualifié) de technicien du livre (commande, catalogage, rayonnage, époussetage, bichonnage…) et plus rarement de conseillé.

Le libraire et le critique

Du coup, j’ai fui. J’étais naïf : je croyais que je lirais la majorité de mon temps et que je jouerais les critiques en herbe. D’accord, Le libraire conseille aussi, valorise son fonds, mais cette place, il se la dispute avec le critique.

Surtout : contrairement au critique, dont la légitimité est assurée d’emblée, la sienne, il doit se la faire, il se la construit et il la gagne progressivement, après un retour enthousiaste d’un client conseillé. A l’inverse, l’autorité d’un critique est souvent fonction du journal qui l’emploie : elle est écrite sur son front, c’est sa carte de visite.

La recommandation

Je ne suis donc pas sûr que la recommandation soit prioritairement recherchée par le client (d’après une étude que je ne retrouve plus, ce serait même le dernier de ses soucis). C’est pourquoi elle est peut-être si discrète dans les librairies : un bandeau « Nous avons aimé » coiffe parfois les livres.

Le libraire n’assène pas une vérité ni un jugement : il propose. Il ne se réfugie pas derrière la légitimité d’un grand journal : il fait de sa voix commune le garant de sa sincérité. Les recommandations sont ainsi écrites à la main pour nouer un contact plus authentique avec le client (la Fnac s’y met aussi), plus discret.

Où le situer ?

Et lorsque le libraire veut donner du poids à sa parole, il le fait toujours corporativement (« Le prix des libraires »). Historiquement destitué de ses fonctions (il était éditeur jusqu’au XIX°s et l’auteur lui était assujetti), donc de sa valeur singulière, il ne parle plus qu’avec ses pairs, indistinctement, d’une seule et même voix.

Où la situer, entre la recommandation de l’utilisateur lambda (type Amazon) et celle du critique dont c’est le métier ? Plus généralement, concurrencé par Amazon et le livre numérique, quelle place lui donner, quelle plus-value lui reconnaître ? Bref :  à quoi sert encore aujourd’hui un libraire ?

1001librairies

1001libraires.com, qui représente pas mal de librairies adhérentes au programme et indépendantes (l’ensemble d’entre elles, c’est quand même 41% du marché du livre en 2006 en France…), répondra peut-être à cette question. Premier constat (mis à part la justification cucul du titre : « parce qu’un livre peut voyager de 1001 manières et vous invitez à 1001 voyages »…blah blah) : c’est une promotion du livre physique (même si un catalogue de livre numérique sera dispo).

Car le but affiché du portail est de géocaliser une librairie indépendante susceptible de fournir en 2 h le livre recherché par l’utilisateur. A l’heure de l’immédiateté (« je le veux tout d’suite mon bouquin sinon j’vais voir ailleurs ») c’est audacieux, voire suicidaire. Ca me semble aussi habile, pour plusieurs raisons :

  • On assiste à un retour au contact, à la terre, à l’au-then-ti-ci-té. Le consommateur aime que ça fasse « vrai » (le « vrai », on en mange à toutes les sauces : les « vrais gens », la « vraie vie »), y’a qu’à voir les chaînes de restau sur le pouce qui poussent partout, avec bouffe faite maison. Ce contact est censé nous rapprocher d’objets quotidiens qui nous sont devenus étrangers. Et le livre, avec le numérique, prend, peu à peu, cette voie.
  • Le changement de régime de sa matérialité (il est devenu impalpable, ce qui ne veut pas dire qu’il est dématérialisé, sans corps, mais que sa forme est différente, intangible) implique un sentiment de dépossession. Et curieusement, la dépossession d’un objet n’accroît pas sa valeur : elle en fait un élément jetable.
  • La réappropriation d’un livre peut alors prendre deux formes : 1° Rehausser socialement sa fonction, faire du fichier numérique un « lieu » où s’exerce une parole, où circulent des avis, des commentaires. En d’autres termes : le marquer, le singulariser, lui qui était devenu sériel (c’est le « livre social »). 2° Retourner (ou faire sa promotion) à l’objet palpable.

C’est cette seconde option qui semble avoir été privilégiée par le portail 1001librairies. On a encore peu d’infos sur le projet. L’illustration disponible sur le site indique  pourtant que l’on pourra :

  1. Acheter en ligne
  2. Localiser un livre et le récupérer en 2 h
  3. Suivre l’actualité du livre
  4. Découvrir une librairie numérique et un choix de libraires
  5. Découvrir les librairies proches et leurs sites internet

C’est une manière, pour la librairie, de garder le contrôle sur les livres vendus, d’assurer un suivi et de pérenniser son savoir-faire (« nous ne sommes pas remplaçables »).

En effet, le livre social est tributaire d’un éditeur/constructeur qui aura mis à disposition des lecteurs des fonctions sociales. Dans ce cas, le libraire indépendant, même constitué en groupe, pourrait servir uniquement de fournisseur de contenus, s’il ne propose pas d’applications ou de tablettes (ce n’est pas – encore ? – son métier).

Il perdrait alors de vue ses livres vendus. Ici, le contact rapide (et non pas immédiat) au livre réinstaure une double valeur d’efficacité (en 2 h !), et d’humanité (rapidité n’est pas immédiateté, sans intermédiaire, sans contact).

Le livre est aussi un produit

Et voilà que la valeur marchande d’un livre (et son prix) s’en trouve justifiée. C’est parce que nous sommes au contact d’un objet, d’un format, que nous acceptons son prix, parfois élevé (on parle ainsi de « beaux livres », de « bel ouvrage »).

A l’inverse, nous trouvons tous scandaleux de payer « un tel prix » pour un livre numérique : sa matérialité, différente, a pour conséquence une dépréciation, dans l’opinion publique et commune, de sa valeur.

En invitant à retourner aux librairies physiques, 1001 librairies s’inscrit dans une prise de conscience : celle qui, au XIX°s, a permis à l’écrivain et au lecteur de saisir que l’oeuvre littéraire est aussi un produit, fabriqué, doté d’une valeur marchande et soumis à la loi de l’offre et de la demande.

Un libraire sert donc à quoi ? Attention, révélation : à vendre des livres. ;-)

Test : ce vieillard de Bescherelle sur l’Ipad

2010/09/23 § Poster un commentaire

Ah, si les frères Bescherelle avaient su qu’ils deviendraient une métonymie (« Le Bescherelle ») et une application Ipad…Jeunes générations (qui ne lisaient pas ce blog), je vais vous raconter une histoire. Asseyez-vous confortablement, ça commence : à mon époque, quand j’hésitais sur la conjugaison d’un verbe, on ne me disait pas : « Regarde sur Google » mais « Vérifie dans ton Bescherelle ».

Hé oui mes enfants, à l’époque de votre grand-père SoBook (26 ans quand même !), un livre pouvait trôner fièrement dans la bibliothèque familiale et faire l’objet d’un culte (Ah ! ma chère encyclopédie Universalis, ah ! mes chères pléiades – toutes vendues chez Gibert par ailleurs ;-).

Aujourd’hui, ce sont des tablettes numériques qui sont vénérées (le panthéon est vaste : Dieu-Ipad, Dieu-Kindle…), supports de nos illustres dictionnaires devenus des faire-valoir (la tablette s’en sert pour se vendre), des courtisans (ils en sont tributaires) et des légitimateurs de contenus (ils rehaussent sa valeur). Ils se vendent même pour une bouchée d’octets.

Pas cher

Sur l’Ipad, le Bescherelle des synonymes/antonymes/paronymes est ainsi vendu 3 euros…que dalle. Ca vaut le coup ? Ouais, même si c’est pas la révolution hein. Le dico fait ce qu’on lui demande : dicoder… enfin donner une définition quoi, des synonymes, des antonymes, des paronymes, comme y disent dans la pub, dans un menu horizontal, sommaire, constamment présent.

En temps réel

La recherche se fait en temps réel, comme sur Google Instant : « le dictionnaire présente les mots possibles au fur et à mesure de la saisie » (c’est dans l’aide). J’y vois deux intérêts : rapidité, sélection rapide à partir du tapotement des premières lettres; un arrêt sur images de sa propre recherche, avec des propositions de mots à chaque étape (mapping cognitif et sérendipité).

Forme fléchie

Autre point important  : le mot peut être recherché sous sa forme fléchie. Dieu sait que c’est super pratique, notamment pour les étrangers qui ne comprennent rien à nos conjugaisons et ne peuvent donc pas reconnaître la forme initiale d’un verbe non conjugué (« C’est quoi cteu bête ? Un brontosaure ? »). Du coup, s’il tape « mangeassions » (très courant), l’utilisateur découvre le verbe à l’infinitif (soit « manger »).

L’essentiel, rien que l’essentiel

Bon, faut pas non plus trop lui en demander, au Bescherelle. C’est pas le Robert, c’est pas Universalis, c’est un petit dictionnaire précis sans prétention qui fait bien son travail. Il se distingue du Robert (disponible sur l’Ipad) par son prix (3 euros contre 7 euros), ses fonctions linguistiques (antonymes/paronymes) et sa valeur affective (c’est le Bescherelle). Et même si, au quotidien, j’utilise 10 fois plus ce moustachu de Robert, j’aime bien avoir ce vieillard à longue barbe de Bescherelle dans mon Aïepad : j’y peux rien, c’est celui que ma mère préfère. ;-)

 

Labo BnF : première conférence, premier compte-rendu

2010/09/22 § 6 Commentaires

C’était donc la première conférence du Labo BnF. Le thème «lecture et écriture du futur». Les invités : Thierry Baccino et Haruko Tsujita. Il a été question de beaucoup de choses et notamment des points que je soulevais encore hier sur la feuille communicante, flexible et bon marché (qui sera, c’est sûr, l’avenir du E-book), le passage facilité d’un support à l’autre, la dissolution de l’informatique dans les objets du quotidien. Je reviens uniquement sur quelques éléments remarquables qui touchent à la lecture numérique.

L’explosion du livre et l’Asie

En Chine et au Japon, nous disent Rives et Tsujita, on consomme beaucoup de papier. Beaucoup moins en Chine cela dit : 41 Kg/an pour un Chinois (en 2004) contre 246 Kg pour un Japonais. Or, la Chine se développe, la Chine s’industrialise et ses classes moyennes veulent accéder au savoir. Conséquences : il faut fournir des manuels. Sauf que les Chinois sont bien plus nombreux que les japonais (non sans dec’ ? ;-)) et plutôt soucieux, contrairement à ce qu’on croit, de l’avenir de leurs arbres. Il faut donc trouver une solution et le papier électronique est cette solution. C’est pourquoi en 2012 pas mal d’écoliers seront équipés en cartable numérique.

Le marché Chinois est loin d’être le seul à bénéficier de mesures gouvernementales. La Corée est très concernée : dès 2011, les membres du gouvernement devront utiliser des feuilles électroniques lors de leurs réunions.

Le Japon, surtout, témoigne d’un souci grandissant : la Bibliothèque japonaise va numériser 400 000 livres avant mars 2011. La question est désormais de savoir comment entrer sur le marché des e-books sans prendre de retard et non plus de se demander s’il faut y entrer ou pas (messieurs les éditeurs français, merci de retenir la leçon). Amazon et le Kindle comptent ainsi bien s’implanter au Japon courant 2011.

Ces politiques favorables encouragent fortement les constructeurs. Les usines de papier électronique (et non pas seulement de tablettes) sont en construction. La rupture est imminente.

Des expérimentations réalistes

Elle est notamment perceptible dans une série d’expérimentations réalistes qui devraient, prochainement, prendre place dans notre quotidien. Ainsi ce «Life Wall», protototype de mur électronique, d’Ambient electronics, qui reconnaîtra à terme les membres de la famille, affichera un menu personnalisé selon la personne reconnue. Pour ce faire, le matériau de la feuille électronique devra être en papier, surtout pas en verre (printable electronic). Certaines sociétés sont sur les starting-block pour le réaliser.

L’environment electronic

Ces expérimentations illustrent bien un concept très en vogue depuis une dizaine d’années : l’environment electronic ou la dissolution du net dans chaque objet du quotidien, à tel point qu’il devient invisible. On devrait donc bientôt connaître une révolution de l’emballage : toutes les surfaces seront recouvertes de papier électronique de telle façon qu’il deviendra un média de communication.

On peut imaginer des murs d’informations électroniques, dans les files d’attente de restaurant (le « Flepia » de Fujistu frontech), ou dans les métros (le papier « Machi Comi »), qui viendront divertir le client/usager quand il attend. Pour autant, tous ces outils ne conduiront pas à une solitude de son utilisateur.

Ils pourraient même communier avec, par exemple, des panneaux de sentiments qui diffuseront l’état d’esprit des visiteurs d’un musée face à une oeuvre. On pourrait même imaginer (et Epson l’expérimente à Tokyo) une oeuvre qui « communiquerait » des informations aux visiteurs munis d’une feuille électronique : le passage, la transition de l’un à l’autre seraient ainsi assurés.

Feuille électronique VS Tablettes

On l’a compris : c’est la feuille électronique qui va prochainement être démocratisée. Pourquoi ? D’abord, elle ne sera pas chère. L’année prochaine, elle devrait coûter 80 euros et 30 euros en 2012…Les 3 prochaines années seront donc déterminantes.

L’avantage des feuilles numériques face aux tablettes ? Basse consommation, faible coût, légèreté, résistance, personnalisable/ajustable (très pratique en bibliothèque ou dans les supermarchés : les étiquettes pourront être changées rapidement – c’est déjà le cas, cela dit, avec les étiquettes électroniques…dans mon petit Casino à la pointe de la pointe. ;-))

Les conséquences sur l’utilisateur

Toutes ces expérimentations, ces interfaces, posent cependant des problèmes. Que penser, par exemple, d’un criminel qui changerait de vêtement numérique pour éviter de se faire reconnaître ? Au-delà de l’aspect humoristique de cette remarque, on peut déceler un certain nombre de conséquences de ces nouvelles technologies et notamment sur notre lecture.

  • Le seuil d’adaptabilité

Thierry Baccino fait remarquer que lire sur un écran rétro-éclairé (type Ipad) et écran E-Ink (encre électronique) est très différent (on le savait, et il l’a déjà précisé dans l’un de ses livres dont je rendrai ptêtre compte, mais le rappel ne fait pas de mal). La question est de savoir si le cerveau est capable de s’adapter en 30 ans à tant de changements. Il semblerait que nous ayons des structures figées, une sorte de seuil au-delà duquel on ne saurait aller.

  • Vision fovéale et empan visuel : curseur de l’attention

L’enregistrement des mouvements oculaires sur les deux écrans (rétro-éclairé et e-ink) montre, par exemple, qu’on lit 25% moins vite sur écran rétro-éclairé (deux points de fixation sur le même mot pour un seul point dans le cas de l’encre électronique/papier). La vision fovéale et l’empan visuel, qui déterminent l’attention, diminuent avec l’écran rétro-éclairé.

  • Lecture de l’attention = distraction visuelle/sonore réduite

De la même façon, les tablettes, qui autorisent l’interactivité, le multimédia et le scrolling génèrent une instabilité spatiale qui dégrade la mémoire. Il n’est évidemment pas question d’interdire ces expérimentations mais de choisir celles qui sont le plus adaptées pour un type de lecture défini (il y en a plusieurs : immersive, de divertissement, etc.). La lecture de l’attention requiert une distraction (images, vidéos, sons) réduite. Un bon équilibre est donc encore à trouver.

Conclusion

Au final, donc, une bonne conférence pour se rafraîchir les idées avec une présentation (encore sommaire, mais ça viendra) de ces futures expérimentations dans la BnF même (service des manuscrits) auxquelles le Labo et ses ateliers donneront une visibilité pratique.

Le Labo BnF : trois mois après

2010/09/21 § 1 commentaire

J’y suis allé quasiment à l’inauguration (2 juin 2010) et retourné hier pour m’improviser reporter express (et éviter la foule des journées du patrimoine), histoire de voir ce qui avait changé et si les nouvelles sorties (Kindle, Sony Readers ou Samsung Galaxy Pad…rêvons !) avaient été intégrées. Ben non. Ce sont toujours les Sony PRS 300 et 600 qui datent de l’année dernière et qui sont (notamment) à l’honneur.

Deux temps, deux logiques

C’est compréhensible : ce Labo ne s’adresse pas à des geeks à la recherche de la dernière nouveauté mais à des utilisateurs curieux, qu’il ne faut pas brusquer. Ce sont deux temps différents, deux logiques différentes qui s’opposent.

Cela dit, le Labo BnF a trouvé un compromis entre les premiers (un « état de l’art » leur est proposé avec l’animation 9) et les seconds, avec la mise à disposition d’une plaquette informative bien faite. On apprendra ce qu’est un papier électronique, on prendra connaissance des dernières recherches en la matière (la couleur) et on sera familiarisé avec les supports tactiles.

La feuille communicante

L’un des points développés par le Labo est celui du papier communicant. On connaît déjà le principe, avec les sites internet de journaux qui s’actualisent en permanence. L’idée, ici, c’est évidemment d’allier cette actualisation à une nouvelle technologie, le papier électronique, qui accueille ce flux permanent dans des conditions optimales (fatigues oculaires réduites, ergonomie).

On peut imaginer à terme une feuille non seulement flexible (Sony est sur le coup) mais en plus adaptée à différents formats (il n’en existe pas d’idéal, en témoigne la sortie probable d’un Ipad 2 en janvier 2011, plus petit que l’actuel), voire jetable donc à bas prix. Sorte de support pour chaque usage et chaque lieu (je ne craindrai alors plus de lire à la plage avec mon e-Reader).

La feuille communicante

La lecture n’est qu’un des angles abordés (certes dominant) par le Labo. L’écriture y a aussi sa place. Car pour convaincre les plus réticents de passer à la lecture numérique, il faut leur proposer des outils capables d’exporter ou de retrouver leurs pratiques de travail. On ne compte déjà plus les applications sur l’Ipad destinées à la prise de notes, la création de présentation, etc. Ici, ce qui me semble intéressant, c’est la réinitialisation. A partir d’un portrait connu, la possibilité d’y ajouter des gribouillis, de le marquer et de retrouver ensuite sa forme initiale. Pratique pour les salles d’attente où les starlettes, sur les magazines, sont défigurées. ;-)

D’un support à l’autre ?

So(cial)BookOnline en action !

Le passage facilité d’un support à l’autre (donc d’un lieu à l’autre), vu hier sur cette vidéo, n’est pas encore présenté. C’est pourtant lui qui conditionnera les pratiques futures, liées à une dissolution du web dans chaque objet du quotidien (donc nécessité de passer des uns aux autres facilement).

La synchronisation permet aujourd’hui, de manière beaucoup moins fluide et encore trop liée à l’ordinateur, de la pratiquer. Reste à rendre autonome chaque objet, chaque feuille.

Pé-da-go-gie-on-vous-dit

Rien de très nouveau sous les sun-light, donc, mais ce travail pédagogique est nécessaire : le rythme qu’impose le Labo BnF est celui de la réflexion, de la pause, pour digérer ces flux d’informations, prendre du recul, et rendre compte, dans un temps qui est celui de la recherche, des nouvelles technologies.

Où suis-je ?

Vous consultez les archives de septembre, 2010 à SoBookOnline.

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